Les Fèvres 2009 à Eu, Seine Maritime

Tout a commencé avec des bruits de forge, ces bruits que j’avais entendu, adolescent, alors que mon village possédait encore son forgeron. Il avait peu à peu migré vers la mécanique mais savait encore ferrer les rares chevaux qui restaient. Sa forge servait désormais à réparer les pièces des modernes machines, faucheuses, herses, et la brouette du Roger qui l’avait lâché.

C’était un homme fort, dans tous les sens du terme; grand, rond, au bras épais et à la figure rougeaude de l’exposer au feu. Sa salopette peinait à contenir son ventre. La moindre barre de fer semblait fétu entre ses mains. 

P1080930Ce dimanche dernier, en entrant dans la cour d’honneur du Château d’Eu, j’entendais ces mêmes bruits. Les sonorités des marteaux qui frappent alternativement le fer rouge et l’enclume, les chocs sourds du pilon qui se répercutent par le sol jusque dans mes jambes, le souffle de l’air sous les braises… Bienvenue aux Fèvres 2009 !

Le mot fèvre est l’ancien terme désignant un forgeron et désigne donc tout travailleur de métal, utilitaire ou artistique. Le dinandier forme des objets par martelage de feuilles de métal. Pour ce salon étaient réunis des fèvres de l’Europe entière. A l’extérieur, les forgerons travaillaient sous une grande tente dans les fumées et les étincelles, martelant, ajustant aciers et cuivres pour ce qui va rester la sculpture symbole de la manifestation. A l’intérieur, une graveuse (meilleure "ouvrier" de France) tapotait un fin ciseau pour faire naître, sur un fusil de chasse, une scène d’une finesse incroyable. Une autre, armée d’une scie-fil, penchée sur un étau, brodait un futur bijou. A l’extérieur, encore, deux ouvriers alternaient entre feu et enclume un grossier morceau de métal rougi qui allait devenir une lame damasquinée par une technique que je découvrais avec intérêt.

P1080948r Trois salles accueillaient des exposants divers, entre bijoux aériens et ameublement monumental, entre fer corrodé et bronze patiné. Ne pouvant ici vous parler de tout, j’ai choisi trois artistes dont j’ai particulièrement apprécié le travail.

 

P1080987_1 P1080992_1 Thierry DELORME, sculpteur, m’a ému en recréant des représentations de femmes. De tous temps, l’artiste a voulu faire naitre, dans tous les matériaux donnés à son appétit, les galbes que son œil, sinon sa main, avait exploré. Peut être que la main de l’homme sait d’instinct la rondeur d’un sein ou le modelé d’un ventre.

Qu’elles soient agglomérats de bandes soudées ou coulures de métal, ses bustes et ses petites statues ont des auras de séduction que j’aime.

 

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P1080981_1 Pour son coté inhabituel, j’ai regardé attentivement le travail minutieux de Michel GIRARD qui fait des tableaux de métal flammé. Partant d’un fond uni, plat ou bien modelé en formes douces, l’artiste crée des motifs des couleurs différentes en passant le métal à la flamme, plus ou moins chaude, plus ou moins longtemps, je n’ai pas vraiment d’idées quand à la technique, me contentant d’apprécier les couleurs qui en résultent. De tels "tableaux" doivent prendre toute leur beauté sous une lumière unie de lune ou de soleil, ou bien à la lueur dansante d’un feu de bois.

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P1080998_1Et un coup de cœur d’abord esthétique pour Gladys LIEZ, une jeune femme qui modèle des vases selon la technique de la dinanderie, des rondeurs apaisantes et sensuelles aux décors quasi organiques de lichens métalliques obtenus par des traitements à l’acide.

Cette ancienne secrétaire a découvert un jour le travail de dinanderie auprès d’un artisan et, à 34 ans, elle a décidé d’en faire son métier; bel exemple d’une passion qui bouleverse une vie. Elle vient d’obtenir un Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la main 2009 au Louvres.

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Les quelques photos que j’ai faites ne rendent pas hommage à leur travail… manque d’éclairage, décor fade… C’est dans la nature que ces œuvres donneraient le meilleur d’elles mêmes, je pense. Je le saurai pour la prochaine fois, j’irai directement dans leurs ateliers !

 

Demain, la suite …

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3 commentaires pour Les Fèvres 2009 à Eu, Seine Maritime

  1. Mitchî dit :

    Très interressant billet et quels artistes, j’ai apprécié et le commentaire et les photos. De bien belles oeuvres exposées là.Je reviendrais pour la suite.

  2. Monique dit :

    Moi aussi. Quand j’étais petite, à un pâté de maisons de chez mes parents, il y avait le forgeron, et j’ai le souvenir de l’odeur de corne brûlée et des sons qui parvenaient jusqu’à nos fenêtres en te lisant, merci Frédéric.

  3. ♥.҈.҈.♥. Zéphyrine dit :

    Interpelée par l’artiste Michel Girard dont les oeuvres me plaisent beaucoup, j’ai fait quelques recherches et je suis tombée sur ceci:http://www.cema-givet.com/content/view/35/37/

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