La fée des manches

Atelier d’écriture chez Régine
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Thème de la semaine, cela commence par:
Cocorico..Est-ce un jour comme les autres ? Un matin vous vous réveillez


Cocorico..Est-ce un jour comme les autres ? Un matin vous vous réveillez et vous sentez que l’atmosphère est différente, il flotte quelque chose d’inconnu et de tellement familier dans l’air qu’il est impossible de mettre le doigt dessus. On s’ouvre à tous nos sens et on explore, cherchant l’odeur, le petit détail dans le décor, le bruit. Mais… que je commence par le début !

C’était l’autre jour, un jour comme les autres, un peu gris dehors, il devait être dix-huit heures et je rentrais d’une longue promenade en forêt. Comme j’enlevais mon gros pull de laine, un petit bruit a attiré mon attention, un bruit ténu et un miroitement, une étincelle sur le pavé. En me penchant, je croyais à une épingle… une épingle dans la manche de mon pull ? Qui donc pouvait utiliser des épingles ici ? Je sais parfaitement recoudre un bouton, réparer une couture qui lâche sur quelques points, mais je ne possède qu’une demi douzaine d’aiguilles, c’est tout.
Et mes yeux se sont posés sur l’objet. Et, surpris, je me suis agenouillé pour mieux voir, mieux comprendre.
Entre mes pieds, sur le pavé, j’avais une minuscule… baguette magique ! La baguette magique standard, avec petite étoile au bout, manche scintillant lançant des reflets arc-en-ciel, et même quelques particules brillantes qui tournaient autour de l’extrémité. Et, comme j’avançais la main pour la ramasser, un gazouillis retint mon attention. Une voix ténue qui provenait de ma manche et semblait passablement irritée. Malgré moi je tournais la tête pour chercher l’origine du bruit, malgré moi car mon esprit refusait que la voix sorte de ma manche.
Distinctement, j’entendis:
"N’y touches pas ! N’y touches pas sinon elle est foutue !"
Je sais qu’on devrait cesser toute activité pour se pincer, dans ces moments là. Oui mais j’avais passé une bonne journée, je savais ne pas m’être endormi et… autant accepter les choses et les expliquer plutôt que tout renier en bloc. J’ai soulevé mon pull par l’épaule, baissé la tête pour regarder dans la manche. Bêtement, j’ai demandé:
"Y’a quelqu’un ?
– Non, andouille, c’est juste ton pull qui te parle ! Si j’étais l’esprit du mouton, je ferai bêêê, comme tous les moutons, non ?"
Incontestablement, même compte tenu de la taille réduite d’une… chose dans ma manche, la voix était incontestablement féminine. Je souriais intérieurement en pensant que c’était fichu pour les trois voeux règlementaires. J’avais adhéré à la présence d’un petit bout de femme, aussi je me lançais:
"A qui ai je le plaisir de parler ?
– Le plaisir ! Ben profite, mon loulou ! Je suis Cunégonde, la fée des manches."
Après un silence, elle reprit:
"Cunégonde, ça ne te fait pas marrer ? D’habitude…
– Non, je trouve ça très joli, comme prénom. Moi, c’est Frédéric, enchanté.
– Ca va, je connais ton prénom, quand même. Tu sais, ça fait un moment que je vis dans tes manches.
– Ah oui ! Un moment… comment ?
– On m’a attribué tes manches voilà bien… deux ans, maintenant.
– Attribué ? Vous voulez dire qu’une autorité suprème s’occupe de trouver des hébergements dans les manches ?
– Ah, ça fait drôle, hein ?
– Juste… je me demandais si on faisait pareil pour… des chaussettes ou des slips.
– Crétin ! Les slips… pour les chaussettes, il y a des lutins des chaussettes, bien entendu, pas bien futés d’ailleurs. Certains font des trous pour sortir plutôt que d’attendre que la chaussette soit enlevée.
– Justement… comment faites vous pour tenir là-dedans ?
– Il doit y avoir une histoire de dimensions et de replis dans l’espace. J’avais entendu certaines explications, une fois, que j’ai totalement oublié."
Je toussotais: "Vous êtes blonde ?"Clochette
Il y eu comme un mini feu d’artifice au bout de ma manche et je me retrouvais avec un petit… une petite… A deux doigts de mon nez, les ailes floues tellement elles battaient vite, la fée Clochette voletait devant mes yeux. La plus adorable des femmes, avec des grands yeux d’un vert irréel, une taille fine et des ailes dorées bourdonnait gentiment. Son visage s’éclairait à mesure que passait le temps, pas plus de quelques secondes, surement, mais qui me parurent des minutes. Elle tourna lentement sur elle même, me regardant par dessus son épaule. Sa robe diaphane avait des reflets d’eau vive, ses cheveux dorés irradiaient, nimbant ses traits parfaits.
"Alors, demanda t’elle, tu me trouves comment ?"
D’une chiquenaude, je sentis qu’elle me refermait la bouche.
"Tu es mieux comme ça, je t’assure. Respire un peu pour voir !"
Respirer, oui, voilà ce que je cherchais. Je respirais donc tout l’air dont j’avais manqué dans les instants précédents et je retrouvais un bout de mes esprits. Tiens, elle sent le miel, ma fée. Je bredouillais:
"Je peux vous offrir quelque chose ?
– Oh, comme il est mignon. Non, mais merci. Je récupère ma baguette et je rentre, il me reste un peu de ménage à faire.
– Du ménage ? Une fée ?
– Oh oui, je dois tout faire à la main. Imagine une veste dont les manches répandraient des trainées d’étincelles ! Non, vraiment, nous devons rester discrètes."
Elle se laissa glisser dans l’air jusqu’au sol, empoigna sa baguette, l’agita un peu dans une gerbe de points brillants et remonta vers mon visage.
"Bien le bonsoir, monsieur ! J’ai été ravie de bavarder.
– Hé, attendez ! Si je certifiais que j’accepte que mes manches crépitent un instant, vous pourriez finir très vite, non ?
– C’est certain, en moins d’une minute ce serait fini.
– Et… on pourrait continuer de bavarder ?
– Certainement. Du moins un peu."

C’est ainsi que nous avons passé la soirée entière à bavarder, ma fée et moi. Peu avant minuit, elle demanda que je l’excuse et s’en fut se reposer. Je suppose que minuit est une heure importante pour toutes les fées du monde, du moins si elle ne veulent pas rentrer à pied.
Et voilà que, ce matin, il y a quelque chose de changé chez moi. Je me frotte les yeux, assis sur le rebord du lit. Et j’entends de nouveau ce bruit, ce bruit qui m’ alerté, comme… un soupir. Je me retourne lentement. Dans le lit, à peine couverte du drap, une jeune femme blonde sourit dans son sommeil. Je sais que, quand elle ouvrira les yeux, ils seront d’un vert que jamais personne n’a vu sur cette terre.

Pas de mots crus, pas d’allusions graveleuses… vous pouvez même lire ça à vos petits. Bonne soirée, vous tous !

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15 commentaires pour La fée des manches

  1. Framboise dit :

    J’adore Fred, tu m’as volé ce que je voulais écrire, transmission de pensée???? Bon, je vais rappeler mes elfes pour qu’ils me trouvent une autre idée…. Bisous tout plein

  2. Frederic dit :

    Ne rappelle personne, Framboise, continue d’écrire, je suis certain que je vais aimer te lire ! Bisous 🙂

  3. zazabelle dit :

    je vais regarder ce soir en me deshabillant si je n’ai pas une petite fée dans mes vetements…on ne sait jamais…joli conte fred tout doux tout calme bisous

  4. Marie dit :

    ah là, je suis surprise………..bien que je ne doutais pas de tes talents.J’ai d’abord pensé, le Fred il a du absorbé des substances hallucinogènes lors de sa balade en forêt……..Et bien, non….il rêve.C’est beau et bien écrit…………………Bébé Fred à la crême chantilly……………J’adore ce monde magique…………..;Biz et bon boulot…………….

  5. Framboise dit :

    Bonne nuit magique, Fred, dans le monde des fées, tout est possible, même le plus incompréhensible….

  6. PAT dit :

    et ben !!!!!!!!!c’est beau a souhait petite fée Clochetteje vais regarder et écouter peut-être se cache dans mes habits un Peter Pan ou…………..bisoussssbeau travail Fréd

  7. PAT dit :

    oui Zaza toi aussi je vois tu vas regarder!!!!!!! écouter!!!!!!!!!!!!

  8. ♥.҈.҈.♥. Zéphyrine dit :

    Ce texte est magnifique mais il y a une grosse erreur, un mensonge..je lis "des ailes dorées", et que vois-je sur la photo, des ailes bleues!..Et en plus je me demande bien comment se comporte cette fée clochette quand ton pull passe à la machine?..Encore une erreur de ta part, tu as oublié de le lui demander..Alors après tout ceci je me demande si vraiment elle existe cette mini nana!..Un rêve, le rêve de tout homme, une petite femme, douce, gentille, collée au corps et qui sent le miel…Moi je rêve d’un petit lutin collé à mon corps!N’empêche que ton histoire m’a fait redevenir une enfant, j’ai adoré.

  9. marie-jo dit :

    Bon, je ne l’ai pas encore lu et je commence mon commentaire ! Je croyais qu’il fallait faire COURT ! Tu vas encore dire que je me suis plantée, bien sûr ! …. bon, je remonte plus haut et je reviens !OHHHHHHHHHHH ! Que j’ai aimé ça ! Je n’arrive pas à grandir (nouille, je ne parle pas de ma taille, je parle de ma tête !) Les histoires de petite fée, surtout quand elle s’appelle Clochette, je me suis régalée. je laisse le début du commentaire, après tout !!! Bises et merci pour ce joli moment de poésie.

  10. zazabelle dit :

    suis repassée lire ce conte pour mieux m’en impregner….toujours aussi joli

  11. Brige dit :

    Même réaction que Marie-Jo ! COURT, on a dit : faut faire court….et que vois-je tout un conte ?Je viendrai lire ça ce soir au coin du feu, un chat sur les genoux, quenouille à la main,…………….

  12. Frederic dit :

    Cunégonde a beaucoup apprécié ce texte fait pour elle et dont la genèse remonte à plusieurs mois. Elle prétend avoir ce même caractère… je craque :-)Il m’a par contre fallu lui expliquer ce qu’elle faisait dans mon lit… ça me semblait une bonne chute, non ? Comme… ce baiser qui réveille, ou qui transforme… vécurent heureux, beaucoup d’enfants… enfin le classique 😉

  13. Framboise dit :

    Les fées ne connaissent pas la valeur du temps, et Fred, non plus d’ailleurs….. Soupir

  14. Caroline dit :

    tres joli texte !!!un régal de le lire ,comme quoi on a tous une fée quelque part en nous !!!

  15. Marie dit :

    Coucou… C’est Cunegonde! RhOOoooOoo Fred, tout le monde va se regarder les manches maintenant! C’est malin ça!Moi qui jouissait d’une relative tranquilité dans ta manche…(Tu te gratouilles souvent l’interieur du coude quand tu admires une jolie chose, chaque fois je valdingue!)Merci d’avoir si bien conter notre rencontre, elle m’a marquée aussi. Je connais bien peu de gens de l’espèce animale à laquelle tu appartiens, qui soient si humains! Et puis te lire, c’est toujours un voyage. Je t’embrasse mon hôte humain, continue de rechauffer de tes mots si caressants ma p’tite vie de p’tite fée. Et encore merci!

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