Une vie passe

J’ai écrit ce texte en mai 2007 et je l’avais un peu oublié. En le relisant ce soir, j’ai eu envie de le mettre au jour. Bien des choses ont changées, le sourire m’est revenu et mes larmes ne coulent plus… sauf quand j’entends ou vois de trop belles choses. Tout ceci est donc à prendre comme une simple lecture, pas l’image de mon intellect dans des brumes de peine. En résumé… TOUT VA BIEN !!! ou presque Clin d'oeil

Je suis l’arbre mort qui surplombe la rivière.
Je suis cet arbre aux branches blanchies de soleil et de pluie, ce solitaire qui regarde passer des feuilles mortes sur la rivière calme en essayant de se rappeler ce qu’était une feuille. Je suis cette sentinelle perdue qui signale aux passants que rien n’est éternel, pas l’arbre, pas la rivière, pas le soleil. Croyez ce que vous voulez, faites ce que vous pensez utile, aimez ceux qui vous sont chers, à la fin le temps vous aura blanchi comme moi et vous attendrez que son courant vous surprenne en charriant quelques distractions. Si mes racines sont encore profondes, mon tronc est sec. Si je suis encore solide c’est que rien ne me bouscule. Les oiseaux me dédaignent, je ne suis plus apte à les abriter. Seul, quelquefois, un vieux corbeau se perche sur une branche encore solide et scrute les alentours. Il cherche quoi ?
Je suis l’arbre mort qui surplombe la rivière.

 

Je suis le corbeau qui vole dans la brume.
Mes plumes sont noires comme sont noires mes pensées. Si le vent glisse sous mes ailes c’est pour me rappeler les bourrasques d’antan. J’ai volé haut, j’ai volé loin. Désormais ma fonction est de guetter, guetter ce qui pourrai nuire au groupe. Mon corps est las, mes gestes fatigués, mon regard encore acéré est ce qui me permet de garder quelque utilité. Toute ma vie, je l’ai donnée à mes frères comme eux m’ont donné leurs existences. Le groupe uni est fort et pérenne. Lors de ma veille silencieuse je surplombe la campagne calme. Au loin des hommes vivent, source de nourriture, source d’ennuis. Je fuis l’homme car il est l’origine de tout ici, du meilleur comme du pire. Je ne suis pas le faucon rapide et cruel. Je n’ai pas de couleurs vives, de port altier, pas de chant mélodieux. Mais je suis multiple et cela me donne le pouvoir sur ce coin de terre, cette terre où l’homme vient de tracer des sillons.
Je suis le corbeau qui vole dans la brume.

 

Je suis la terre réchauffée de soleil.
Source de vie je suis aussi son réceptacle lorsqu’elle finit. En moi croissent les germes qui vont s’élever vers le ciel avant d’eux même perpétrer la vie. Parfois le froid me glace et tout mouvement cesse. Mais ce n’est qu’en surface. La vie est endormie, profondément, attendant qu’à nouveau le soleil ne passe. J’ai l’éternité devant moi, mon regard vous suit, observe vos futiles agitations, s’amuse de vos conflits, s’émeut parfois de vos passions. Je garde les traces de bottes ferrées, de pieds nus et de corps enlacés, le goût du sel, du vin, du sang, de pleurs désespérés. Pourtant, certaine pensée me trouble depuis peu. J’ai donné des vies, à mesure que coule le temps j’en reçois, et je me demandes si je suis éternelle ou si la chose qui m’a nourri m’attend. Est-ce l’homme là-bas qui tiens ma destinée ?
Je suis la terre réchauffée de soleil.

 

Je suis l’homme qui ensemence la terre.
Souvent courbé sur la terre soumise, je travaille à ma survie et au bien être des miens. La sueur brûle mes yeux fatigués. Je ne suis conscient que de mes muscles endoloris. Quelquefois je peux me coucher. Mes yeux se ferment sur la réalité. Mes yeux s’ouvrent sur le monde. Je sens mes perceptions s ‘étendre, je prends conscience de la terre sous mon dos, du ciel au dessus de moi. Et mille cris dans ma tête exigent mon attention. Ceux de mes proches demandent mon regard. Plus loin d’autres implorent ma pitié. Je suis seul, je ne peux pas donner à tous, il faut choisir. Un choix est souvent cruel. Alors on s’invente un hasard, une destinée, quelque chose qui décide pour nous. On s’enlace et on ferme les yeux, et on laisse passer le temps. Et un matin, on se réveille, on découvre la réalité.
Je suis l’arbre mort qui surplombe la rivière…

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19 commentaires pour Une vie passe

  1. EXPLORATRICE DE dit :

    une vérité de soi tres beau ça vient du fond à bientot

  2. marie-jo dit :

    Un régal. Il aurait été dommage que tu ne nous fasses pas partager ton émotion. A relire, juste pour le plaisir ! Bises, Fred.

  3. Lou dit :

    Sous la plume de l’écrivain les maux emportés par la rivière de la vie, basculant de torrents en cascades pour s’apaiser enfin aux bords de la rive.

  4. Marie dit :

    texte plein de sensibilité, de pudeur……………………………………….une tranche de vie de " l’arbre"……………Biz

  5. ♥♥♥Ghislaine♥♥♥ dit :

    le temps passe..et les choses changent…………..mais ton talent lui, ne change pas Fred.Ghislaine

  6. Frederic dit :

    Vous savez quoi ? J’avais montré ce texte à mon épouse et sa réaction avait contribué à le garder caché. Je pense connaitre la raison de son rejet; tout ça est un peu nouveau pour elle, ça ne doit pas coller à l’idée qu’elle s’est faite de moi. En tous cas, vos réactions me confortent… merci 🙂

  7. Sasha dit :

    Magnifique texte Frédéric… qui ne laisse pas indifférent – qui ne s’est pas senti seul un jour ? – En chacun de nous il y a une part d’ombre et de mystère, difficilement compréhensible pour notre entourage… Est-ce souhaitable de révéler notre "jardin secret" ?Chacun sa réponse… Heureusement, tu as tourné la page…ouf !tendresse…

  8. ώ ☼ Valérie dit :

    C’est sublime, ton écriture est vraiment douce et agréable à lire. Je pense que ce texte est empreint des sentiments qui t’habitaient, on sent derrière lui l’homme qui a vécu, l’homme dont "la vie passe".Merci de ce moment de beauté.

  9. isabelle dit :

    Texte d’une grande sensibilité …qui accroche et que l’on a du mal à quitter …qui remue notre âme …Merci…

  10. KyaFrane dit :

    C’est … "prenant" … je pense qu’il ne faut pas "publier" les choses qu’on écrit ausitôt, car les ami(e)s pensent que l’on ressent tout ça là … dans l’instant, parfois, oui c’est vrai, mais c’est toujours romancé !En fait, pour moi ça se passe ainsi, j’écris tellement et je mets de côté, de temps à autre je ressors des choses et j’ai beau rappeler que ce n’est pas mon ressenti actuel, mais que "ça a été" et qu’en plus, je donne des bémols des dièses etc …mes enfants n’ont jamais lu mes écrits, je pense qu’ils seraient très étonnés… ils me voient autrement …Heureusement que j’écris aussi de façon "foldingue" … ça décompresse !Mon blog principa n’est pas mon "journal", c’est un partage,J’ai plusieurs blogs dont un qui n’et pas dans la liste et qui n’est que pour moi …Bises Fred le Mécano ! passe la seconde !FR@NE

  11. Framboise dit :

    Ce texte se lit comme le silence qui passe, et qui fait passer tant de perceptions si subtiles dans le texte et les images qu’il suggère, tu m’as donné la chair de poule en le lisant. Des textes comme celui-ci ne doivent pas rester cachés

  12. Caroline dit :

    tres joli texte qui se lit tranquillement ,mais qui revele bien des choses ,tu as eu raison de le publier meme si en le lisant j ai eu aussi moi quelques frissons ,bonne fin de soirée a toi biz karo

  13. ♥.҈.҈.♥. Zéphyrine dit :

    Je retrouve le poète dans ce texte, sans faire référence à ton âme esseulée et désorientée de ce moment précis de ta vie, voici un écrit digne des plus grands…Cela me donne souvent un grand sentiment d’infériorité lorsque je lis de telles choses…En fait je t’envie de savoir aussi bien manier notre langue avec une telle facilité..simplement, sans ambages, un texte qui coule tout seul et que l’on lit avec plaisir.

  14. Frederic dit :

    Bien… vous m’avez convaincu… je vais instaurer un abonnement pour mon blog… commander une nouvelle voiture… changer de maison…. et devenir un vieux con…L’humour pour masquer l’émotion, vous l’aurez compris. Je vais probablement exposer ce texte… le partager encore plus… et rester anonyme pour ne pas risquer de vous perdre. Je vous aime 🙂

  15. ღ ♥ Lili dit :

    c’est très bien écrit !..nous avons ici des gens de lettres que j’apprécie beaucoup !…..j’admire ce que je suis incapable de faire …écrire de si beaux textes !…bonne soirée FREDERIC …

  16. Framboise dit :

    Tu ne risques pas de nous perdre, comme nous sommes très attachés à toi…

  17. marie-jo dit :

    Oui, attachés à toi, …comme ce lierre qui, prenant appui sur cette terre encore tiède du soleil d’été, aurait pu, de ses petites griffes grises, attaquer doucement les bases de cet arbre, enlacer son tronc et, infatigablement, se hisser vers la lumière, à la hauteur de cet oiseau noir, juste pour pouvoir contempler cette rivière qui coule, indifférente.Qui a dit : "La vie est un long fleuve tranquille" ?

  18. Christian dit :

    Vraiment un texte épatant ! je devine à travers cet écrit, une recherche spirituelle, une sensualité un peu triste et nostalgique.Le bonheur en filigrane.Un grand merci Frédéric. BIEN LE BONJOUR DANS VOTRE MAISONNEE

  19. zazabelle dit :

    après plusieurs passages sur ton texte je suis toujours aussi troublée devant tous ses sentiments que tu as décris avec tant de réalité…sentiments passés pour toi j’espere…j’espere que le petit rouge gorge se pose sur un arbre renaissant et tout verdoyant, que le soleil lui rechauffe le coeur et l’ame, et qu’il peut transmettre son savoir et sa sagesse à tous ceux qui l’entourent, en les délectant d’un beau chant joyeux…que son chant melodieux continue a nous envouter…

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